Ils montent jusqu'au plafond, encombrent les escaliers et couloirs, se dressent empilés de chaque côté de mon oreiller, comme les grognards de cauchemars balzaciens. On les ouvre, et la mémoire jaillit. Plus on s'y plonge, et plus ils prennent d'ascendant sur nous. "Tu ne te débarrasseras pas de nous", semblent-ils me dire.
Tel Sisyphe, j'en déplace tous les jours. Mais lorsque j'en monte un, il me faut en descendre un autre ! Tout cela semble ne jamais devoir finir. Et cette note a l'air d'être la redite de mes textes d'avant le déménagement.
J'ai renoncé à la plupart des biens matériels, mais je ne peux abandonner mes livres, car les livres sont à la fois objets matériels et nourriture intellectuelle intarrissable, donc biens doublement riches. Ils sont ma seule richesse, et semblent, du dedans de leurs cartons, m'invectiver. La noblesse récalcitre (sic.) à se laisser enfermer et réclame de l'air. Tout comme moi !