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Voyage d'études (2)

Avec ma journée à Hiroshima, commence la deuxième partie de ce voyage. Parti à mon goût trop tard, mais n'ayant pu faire pu faire autrement, je me retrouvai à Hiroshima avec mon lourd bagage que je me refusai à laisser à la consigne de la gare. Lourde erreur (c'est le cas de le dire). Après la dégustation d'un Hiroshima o-konomi-yaki 広島お好み焼き roboratif, je commençai ma visite du jour. Muni de ma simple boussole, je pris le tramway en direction du mémorial de la paix, mais malheureusement, me trompai de ligne. Descendu deux arrêts plus loin, je fis le trajet à pieds, incapable d'évaluer les distances, sous la pluie d'un ciel gris qui plus est. On n'a pas idée de l'étendue géographique de Hiroshima si on n'y est pas allé. C'est à peu près grand comme Paris intra-muros (ou en tout cas c'est ce qu'il me sembla ce jour la avec mon sac rempli jusqu'à en faire craquer les coutures). Dans cette ville assez aérée sans rien d'ancien (et pour cause), je marchai dans l'effort et tombai devant un restaurant fermé qui avait la particularité d'avoir une devanture en bois sculptée. Je pris quelques photos, telles que celle-ci.
medium_2005.3.22_hiroshima_5_.jpg C'est la seule trace de tradition architecturale (bien qu'on y sentît l'influence des îles océaniennes et de l'Inde) que je trouvai dans cette ville. Je continuai mon périple, passant le pont Seitô (Seitô hashi 西堂橋) près duquel le grand sage bouddhiste Ekei 恵瓊 (1538?-1600) vécut quelques temps.
Après une petite heure de marche, j'arrivai finalement au Parc du mémorial, où sont situé le musée de la bombe atomique Hiroshima Heiwa kinen shiryô-kan 広島平和記念資料館 ainsi que le Gembaku dômu 原爆ドーム (le Dôme de la bombe atomique), un des rares bâtiments (assez proche de l'épicentre) à être restés debouts après la déflagration. Cet immeuble était avant guerre le Hiroshima-ken bussan chinretsu-kan . sangyô shôrei-kan 広島県物産陳列館・産業奨励館 (Chambre de commerce et d'industrie départementale du Hiroshima). Je notai qu'il s'agissait des seuls bâtiments de style occidental, en pierre et métal, même si l'intérieur fut, à l'exception miraculeuse de l'hôpital de la Croix Rouge (!), entièrement détruit. Les portes en métal des entrepôts furent tordues sous la puissance du rayonnement énergétique, et tout fondit sur place. Le musée, qui propose un tarif symbolique au touriste, ne lui donnant aucune excuse pour ne pas rentrer, met en location des casques pour que des commentaires soient accessibles aux étrangers dans leur langue : il y en avait même en français. medium_2005.3.22_hiroshima_25_.jpgJe ne m'attarderai pas sur les collections d'objets morbides que recèle ce lieu de mémoire. On y trouve des objets carbonisés (dont un tricycle d'enfant, une boite métallique à repas, des haillon divers... ), des restes humains, les lettres envoyées chaque année par le maire de la ville aux autorités des pays étrangers possédant l'arme nucléaire pour leur demander de s'en défaire... De nombreuses maquettes et photos, vidéo, montrent l'ampleur de l'expérience scientifique que représentait ce bombardement pour les Américains : occasion inespérée, en pleine guerre froide, d'envoyer un message dénué d'ambiguïté à la Russie. A moins d'avoir un coeur de pierre, on ne peut pas rester insensible à ce genre d'endroit.
Arrivé un peu tard, je ne pus pas tout voir aussi attentivement que je l'aurais voulu, d'autant qu'un gardien conduisit les derniers visiteurs vers la sortie, m'empêchant même d'étancher ma soir à la fontaine d'eau potable.
Je me retrouvai donc en fin de journée dans le parc, près des quais, assez jolis, mais par temps gris, et après avoir vu et lu pas mal d'horreur. medium_2005.3.22_hiroshima_38_.jpgUne statue (qui ne figure pas en photo ici) et une hideuse pagode de béton devant laquelle se tenait, debout, la déesse de la paix, mi-Avalokiteçvara (bodhisattva Kannon / Kannon bosatsu 観音菩薩), mi-ange, auprès de laquelle on avait placé des guirlandes de grues en papier, symbole japonais de la paix, voilà ce qui m'était donné à voir avant d'arriver au Dôme.
medium_2005.3.22_hiroshima_41_.jpg La population de la ville a longtemps tergiversé pour savoir s'il fallait conserver ce vestige, symbole douloureux de la bombe. Le travail de mémoire a été le plus fort. Hiroshima conservera donc un aspect un peu mortifère, mais pédagogique, et rappellera pour longtemps les horreurs de ce crime de guerre. Dommage que la plupart des Japonais n'aient pas grand intérêt pour cette partie de l'Histoire. medium_2005.3.22_hiroshima_50_.jpg
Comme il se faisait tard, je me dirigeai vers l'auberge de jeunesse que j'avais réservée, et après m'être perdu, je finis par trouver le bus qui m'amena dans le quartier où une résidente charitable m'indiqua le chemin à suivre, qui m'amena à mon point de chute.

L'auberge, d'une grande propreté et tenue avec soin, était un bâtiment de style Le Corbusier, assez précaire. Les chambres communes n'avaient pas de clef, et la salle de bain était commune, avec des casiers toujours sans clef. J'y allai cependant prendre une douche suivie d'un bain chaud réparateur, jouissant d'une solitude que seule l'heure pourrait expliquer. Le soir, après avoir échangé quelques mots avec des enfants particulièrement sympathiques (ce qui eut pour effet de remonter un peu mon moral singulièrement écorné par tant de malheur), je m'allai coucher. Bref, je passe sur les détails, mais sachez qu'une fois confié mon appareil photo au coffre du gardien, je dormis avec mon téléphone mobile et mon argent sur moi. Heureusement, le lendemain, rien n'avait disparu, et après un frugal repas, je repris la route qui devait m'amener à Miyajimaguchi 宮島口...


Pour en savoir plus sur Hiroshima :
archi-hiroshima (en anglais & japonais / in English and Japanese)
http://www.arch-hiroshima.net/arch-hiroshima/arch/delta_center/delta_center_e.html

Hiroshima-ken (Département de Hiroshima) (en anglais & en japonais / in English and Japanese)
http://www.pref.hiroshima.jp/index-e.html

Commentaires

  • Vos deux dernières notes me donnent des envies d'exil...

  • Merci, Fleur, vous ne pouviez me faire plus beau compliment. Les dôjôs japonais vous plairaient presqu'autant que nos rings, j'en suis sûr !

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