2008.05.08

Toda of the Dead (8)

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Pablo entrouvrit la porte. Personne dans le couloir. Lui et Axel en profitèrent pour se ruer dans leurs chambres respectives afin, comme convenu, d'y préparer leurs affaires.

Son sac à dos rempli en hâte à en faire crisser les coutures, ayant revêtu un blouson, une casquette et des gants afin de laisser le moins d’affaires sur place, d’une part, et de laisser le moins de chair à découvert, d’autre part, Axel inspira, d’un long souffle tremblant, et ouvrit très précautionneusement la porte de sa chambre. Il savait qu’il y en avait derrière la porte, car il entendait déjà leur souffle, mais il était obligé de sortir, le balcon collectif commençant à résonner des cris des résidents en lutte contre leurs voisins infectés. A cet instant, un bras recouvert d’hématomes s’engouffra frénétiquement, la main hystérique, se refermant et s’ouvrant à la manière d’une pince à sucre d’autrefois maniée par un épileptique, accompagné d’un vagissement douloureux lancé par une haleine pestilentielle. Axel plus rapide que son premier opposant, et singulièrement inspiré, tant il est vrai que l’instinct de survie peut donner de violent à-propos, alors qu’il bloquait la porte de avec son pied et pesait dessus de tout son poids, saisit de la main droite le poignet de son assaillant et, d’un rapide et puissant coup de coude gauche lui cassa l’avant bras. L’infecté, dans un mugissement, retira son bras et se plia en deux de douleur. Derrière lui, un autre, le voisin du dessous (un brave gars en temps normal), l’attendait, les yeux rouges, du sang lui sortant déjà des oreilles. Axel, sans cesser d’avancer, sortit de sa poche le couteau de cuisine bon marché dont il se contentait depuis un an, et, sans plus hésiter, lui sectionna les deux carotides et faisant un pas de côté qui lui évita de se faire asperger d’un sang marron putride qui partit avec la pression d’une explosion et vint asperger l’autre personnage qui, surpris, se redressa, et resta interdit quelques secondes. Axel continua, ruisselant de sueur sous ses chauds vêtements, mais surtout de peur et comme un loup aux abois. « Pablo, Théo, c’est le moment ! ». A cet instant, les deux portes s’ouvrirent presqu’en même temps, et ses voisins français apparurent, eux aussi chargés de quelques affaires.

« J’vois qu’tu nous as pas attendus pour t’amuser, dit Théo, qui semblait peu troublé par ce qui se passait.

– Content que t’aies pu rentrer et prendre tes affaires. Maintenant, va falloir sortir.

– Ca va pas être facile, s’exclama Pablo : regardez, y’en a plein qui rappliquent en face.

– Alors vous savez ce qui nous reste à faire ? , fit Axel.

– T’accorder les pleins pouvoirs ?, ajouta Pablo.

– Tu fais comme tu veux, mais moi, j’ai pas l’intention de me laisser coiffer au poteau », ajouta Axel qui, d’un coup de pied, enfonça une des fenêtres du couloir qui donnaient sur le Furupara, et qui partit avec une partie de son cadre.

« J’te suis, ça l’fait », dit Théo.

Axel sauta par la fenêtre et atterrit dans un grand fracas sur le dessus bombé d’une des cuves extérieures de la propriété. Sans tergiverser, Théo l’imita mais eut la chance, lui, d’être réceptionné par Axel. Malgré ses contusions, Axel ne traîna pas et descendit de la cuve par l’étroite échelle rouillée qui y tenait faiblement attachée. Il se félicita d’avoir pensé à mettre des gants, surtout lorsqu’il jeta un rapide coup d’œil aux mains de Théo, rougies par les anfractuosités blessantes de l’échelle. Au moment où Théo toucha terre retentit une série de coups de feu. C’était la police qui intervenait de l’autre côté du bâtiment. Tout espoir n’était donc pas perdu, à moins qu’il en fut tout au contraire !, pensa Axel.

Pablo ne venait pas, il devait avoir décidé d’expérimenter une autre voie. Celle, directe, des escaliers. « Si ça s’trouve, y s’est fait bouffer », s’exclama Théo, goguenard.

Il fallait être un peu fou, ou témoigner d’une inconscience d’imbécile ou d’une clairvoyance de visionnaire pour fuir ainsi du côté du « nid » d’où tout était parti. Mais parfois, trop de tergiversation nuit, et tant qu’à faire, autant sortir le plus tôt possible de la résidence. « Tu vas rire, fit Axel »

– Non, me dis pas qu’y a pas d’issue vers l’extérieur.

– Ben si.

– Ah ! Hahaha ! Trop bonne ! », s’exclama ironiquement Théo.

« – Il va nous falloir passer par l’intérieur et tenter de rejoindre l’entrée.

– Bon, j’crois qu’on est mort, là. »

Axel, son couteau ruisselant en main, se dirigea vers la porte du bâtiment principal qui donnait sur ce qu’ils appelaient le jardin. « Là, normalement, c’est fermé », dit Axel. Effectivement, la porte en fer sale à la peinture écaillée ne bougea pas d’un centimètre.

« On fait quoi, là ?, demanda Théo. On remonte sur la cuve et on téléphone à la police ?

– Si tu veux, mais elle est déjà là, la police, on l’entend, et je doute qu’elle s’en sorte si bien et encore moins qu’elle se pointe en hélicoptère pour nous porter secours ». Axel regarda autour de lui et fit quelques pas. Son silence fit ressortir les hurlements lointains des habitants de la résidence qui s’époumonaient de l’autre côté du bâtiment, sur le balcon qui devait à présent être plein de sang, et les coups de feu qui retentissaient dans la rue, non loin d’eux. Au bout d’une minute qui sembla à Théo avoir duré plus que cela, Axel s’éloigna vers un bâtiment qui devait servir de remise et devant lequel étaient posés pêle-mêle des morceaux de meubles et des matériaux de construction, moellons, planches et autres barres de fer qui n’avaient pas été ramassés. Axel ramassa un parpaing et, le tendant à Théo : « Tiens, toi qui es plus grand et sûrement plus fort que moi, balance ça dans la serrure. Ca ne peut pas lui faire du bien.

– Ouaip ! » Théo se saisit de l’objet et le lança aussi fort qu’il put sur la poignée en aluminium qui vola à un mètre de hauteur et retomba en rebondissant sur le sol. Il ne fut pas difficile ensuite d’ouvrir la porte, dans un grincement prévisible. Axel était glacé, ce que la sueur ne faisait qu’amplifier. De plus, le bâtiment était fortement climatisé, c’est presque un lieu commun que de le dire, s’agissant du Japon, le pays le plus climatisé du monde, où l’on se permet le luxe d’avoir froid toute l’année à grand coup de factures d’électricité, les raffinements de la technologie réfrigérante relayant les frimas d’un hiver ne rencontrant guère de chauffage digne de ce nom pour lui résister.

Une faible veilleuse rouge faisait la distinction entre la lumière du jour extérieur et la pénombre intérieure. Les deux jeunes pénétrèrent dans le Furupara. Ce qu’ils allaient y découvrir était au delà de leurs craintes.

2008.04.30

Rencontre aux confins du monde connu ニュエル先輩に東京で会った

  Moi aussi je me devais d'évoquer ma joyeuse entrevue avec le Maître de L'Annexe, venu spécialement à Tôkyô pour me voir (enfin presque). Ensemble, nous avons dégusté un  chat-bout chat-bout des familles (à la viande de boeuf, je tiens à le préciser) dans un restaurant qui a ma prédilection. A la vue de mon petit visage bradpittien de presqu'habitué (ça fait tout de même quatre ans déjà que mon pied foula le sol de cet appréciable établissement), le patron nous offrit charmantement riz, kimch'i et o-konomi-yaki (sorte de grosse galette bourrative). Régalation papillale et appréciage japonal étaient au programme, les délices de l'amitié se mêlant à celles du palais.

  Je regrette de ne pas mettre de photos, mais  ce blog, voyez-vous, se trouve déjà rempli de mes petits riens, alors qu'en serait-il si j'y mettais mes petits quelque-chose(s) ? Enfin, pour des images de la capitale de la gastronomie (Tôkyô), voyez L'Annexe.

2008.04.15

Game over, par MC Croche 8

L'ami MC Croche 8 m'a encore envoyé un texte amusant et comme d'habitude farfelu, mais je crains que les trois noms cachés ne parlent qu'aux japonisants et spécialistes d'ethnographie folkloriste, qui plus est...

 

GAME OVER

Ce n’est pas sans inquiétude que la jeune Clotilde Leffa entra dans la cantine des studios de France 25 (seule chaîne publique rescapée d’une ultime réforme de l’audiovisuel). Il s’agissait de présenter Léa Zitouni, chargée de production toute puissante, la liste des trois indices soumis quotidiennement aux spectateurs afin de les aider à percer le mystère de la grosse énigme, énigme qui constituait le clou de l’émission vedette : « La culture est un jeu ».   A vrai dire, si la culture n’était pas oubliée (via quelques interventions des pop-stars du moment), c’était plutôt le jeu (fortement mécéné par Vincent Bolloré) qui faisait le succès du programme. Suite à diverses études de marché, il avait été convenu que chaque liste d’indices devait obligatoirement comporter :

1) le nom d’un animateur du paf ;

2) le nom d’une chose en rapport avec la peinture (pour affirmer la touche culturelle) ;

3) le nom d’un animal (à plumes, exclusivement)

Inutile de dire combien il était parfois difficile pour les jeunes assistants de satisfaire à ces exigences mystérieuses, sur lesquelles Léa Zitouni veillait avec un soin jaloux autant que colérique.

Comme elle était gourmande, on savait bien que le meilleur moyen de ne pas encourir ses foudres redoutables était de la surprendre à l’heure du déjeuner, surtout depuis qu’officiait en cuisine le jeune Otto Grabich, berlinois converti à la gastronomie française, qui lui confectionnait moult petits plats délicieux autant que scrupuleusement à sa convenance.

Clotilde tendit en tremblant la liste journalière juste avant que Léa attaquât sa seconde assiette.

« Et bien Coco, voyons un peu : Y’a Nagui, tache, hibou… ça va ! » conclut-elle en piquant sa fourchette dans un cube de viande en sauce. Puis, coulant un regard bienveillant vers Grabich qui n’attendait que cela, elle ajouta puérilement,  pour mieux souligner son bonheur gustatif :  « miam, Otto ! »

 

 

2008.03.26

Et il traduit, aussi ! Que n'aura-t-on vu ! 僕の川端康成の翻訳は出版されます

Ma traduction de la nouvelle de KAWABATA Yasunari 川端康成, "Les cheveux étaient longs" (「髪は長く」), vient d'être publiée dans la revue universitaire Iris, revue de l'imaginaire, ainsi qu'un article de mon cru sur le mélancolique imaginaire féminin du Sarashina nikki (vous verrez, le titre a été modifié par l'éditeur) et une traduction d'un article du maître de nô de l'Ecole de Nara (la plus rigoureuse) sur les femmes dans le nô. [...]. Tout cela a été fait il y a six ans. [...] Mon article n'est pas transcendant, mais j'ai travaillé sur les textes originaux en japonais classique (c'est toujours ça) et la traduction de la nouvelle se laisse lire sans déplaisir.

Les preuves :
http://w3.u-grenoble3.fr/ellug/index.html/index.php?id=11
http://w3.u-grenoble3.fr/ellug/index.html/fileadmin/templ... 

Bien que je ne touche pas un centime sur les ventes, allez tous l'acheter ! (publicité éhontée) Soutenons les revues de recherche !

Oui, où en étais-je ?...

Oui, je vous disais, j'ai déménagé. A part une voisine du dessous qui se plaint d'avoir un tremblement de terre (moi) au dessus de la tête toutes les nuits, pas de problèmes à signaler. Non seulement cela, mais ma situation géographique me permet d'aller au travail en 20 min au plus, contre 1h 20 précédemment. Bref, je pourrai accéder à internet plus souvent et abreuver le lecteur intéressé de mes petites histoires et de mes petits commentaires (qui en valent bien d'autres, et que je me permettrai de faire - quelle témérité, ouh !), et ce d'autant plus qu'à partir de la mi-avril, je devrais avoir fini ma grande mission qui m'aura pris 4 ans ! Une vie nouvelle commencera, plus humaine et productive aux échelles aussi bien personnelle que professionnelle.
En projet (attentin promesses d'ivrogne !) : une note sur You are Empty, une sur les facs au Japon (non, trop risqué !), la suite de "Toda of the Dead" (ouh là...) et d'"Emprise progressive" (du lourd, je vous dis).

[Ceux qui trouveront des fautes de frappes sont invités à me les signaler. On ne sait jamais. Une faute est faite pour être corrigée.]

2008.03.24

A quelques mètres

A nouveau au Japon, où je viens de déménager dans un réduit des plus riant en plein Tôkyô, je vous envoie cette petite note.
Le soldat du savoir n'est plus qu'à quelques mètres de son objectif, 12 pour être précis. Dopé à la cuisine indienne, aux bols de riz et au LCS (y en a-t-il encore qui ne savent pas ce que c'est ?), il se bat contre sa paresse croissant avec l'âge.
Je dois y aller. A bientôt pour la suite...

2008.02.19

Retour provisoire et divagations zebestales sur le futur 一時帰国

Si près de la fin, mes amis. Si près... Donc si loin ! Car au fur et à mesure que le coureur se rapproche de son but, ses jambes faiblissent, la fatigue envahit tout son corps et une douce torpeur gagne bientôt son esprit. Mais il ne faut pas céder aux faciles sirènes de la paresse. La fatigue a ses droits, mais il n'est pas encore temps de les exercer.

Je suis en France, chers lecteurs. Le pied alerte, réchauffé, loin de la chambre froide japonaise où je passe mes jours austères. Je goûte la France, la savoure, mais l'instant d'après la pitié me prends. Comment mes compatriotes ont-ils pu en arriver là ? Médiocrité à tous les étages, baisse de toutes les exigences au plan moral comme au plan intellectuel, quant au plan économique, c'est affreux : ces délocalisations sont révoltantes. Ce devrait être considéré comme un délit pénal et il devrait être interdit de licencier lorsque l'on réalise des bénéfices. Au lieu d'être focalisé sur la concurrence internationale, les chefs d'entreprise feraient mieux de réduire leurs égoïsmes et de penser un peu à leurs salariés. Un pays qui ne produit plus rien, peuplé de chômeurs, de fonctionnaires et de vendeurs, cela ne me dit rien qui vaille.
Et ce président... La prudence me contraint à conserver le silence, mais nous nous comprenons. C'est la honte. La bassesse est dans la politique, dans l'université (si vous saviez !), au coin de la rue, partout.

Rassurez-vous, là d'où je viens, ce n'est pas mieux. Seulement il y a moins de chômage et d'incivilités, et on y gagne mieux sa vie comme enseignant. Ce sont les avantages principaux du Japon. Après, pour ce qui est des inconvénients... Je ne peux que les constater avec la même peine que celle qui m'envahit lorsque je considère mon propre pays.
J'en viens parfois à souhaiter la fin du monde pour qu'une si vilaine espèce que la nôtre (l'humaine) disparaisse de la surface de cette planète qu'elle salit tous les jours. Le monde est vilain, et je le déplore. Tout est avili, on se rabaisse soi-même et les autres, et ce qui devrait être sacré (le savoir, les religions, le patrimoine, la chose publique) ne l'est plus.

Toutefois, d'après mes calculs secrets (ah ! mais oui, ça m'est arrivé d'en faire. Et ne m'en demandez pas le détail, à chacun ses petites recettes), il ne nous resterait que 150 ans environ (comptons 50 ans de marge) avant la fin du monde (j'entends par là une catastrophe naturelle d'ampleur mondiale mettant fin à notre espèce). Alors cette perspective, voyez-vous, m'aide à relativiser et me persuade de la vanité des objets et des honneurs.
Bien sûr, à nos enfants et petits enfants illettrés, que léguons-nous ? Des souffrances, des gênes, et du vide intelllectuel. Mais qui sait si ces conditions déplorables ne sont pas le meilleur terreau dans lequel pourront se développer les saintetés et les héroismes qui font singulièrement défaut à notre présent, et en France, et au Japon ? 

Pour l'heure, le soldat du savoir, fourbu mais l'oeil encore vif, retourne à sa tâche, et très bientôt reprendra son clavier pour vous faire un petit signe lorsqu'il posera son fusil. Ensemble, regardant les derniers feux roses et bleu roi du couchant, nous pourrons esquisser un sourire en évoquant le bourbier dans lequel chaque jour nous nous enfonçons un peu plus tristement.